Mémoire contemporaine (partie 4)

LA GUERRE
DE 39-45

 

Hillion est une commune du littoral duquel, de tout temps, les habitants et militaires ont cherché à observer les menaces venant de la mer. Dès la défaite française et l’invasion allemande, ces derniers auront pour souci de protéger les côtes, afin d’empêcher un débarquement allié. L’ensemble du littoral sera couvert de blockhaus et de défenses minées. La présence des occupants sera particulièrement importante dans la commune.

Dernière mise à jour, le 14 août 2020 à 11:22

Le début de la guerre : mobilisation, combats, prisonniers...

 

La déclaration de guerre en 1939 se traduit dans le département par la mobilisation de 60 000 hommes. Puis par l'arrivée des réfugiés (300 000 venus de Belgique, du Luxembourg, du Nord et de l'Est de la France). Arrivent la bataille de France et la débâcle en mai 1940. 27 000 soldats costarmoricains (18 % de la population active) vont tomber aux mains des Allemands.

La présence allemande à Hillion et la résistance

 

« Les Allemands sont arrivés à Hillion le 9 septembre 1940. Leur arrivée se limite au seul souvenir d'une fanfare jouant près des jeux de boules dans la cour du café Le Mounier (Dijon). Trois ou quatre enfants de Lermot étaient là bien sûr en s'approchant au plus près car une telle musique, c'était un événement. Derrière il y avait quelques badauds venus eux aussi pour écouter et surtout pour voir ces occupants. A la fin du concert il n'y eut pas d’applaudissements. J'entends encore certaines réflexions comme:« Eh bien, ils ne sont pas si méchants que ça les boches!». Les habitants du village semblaient rassurés. La troupe réquisitionna  certaines maisons généralement inoccupées principalement des résidences secondaires comme les villas Thébault, Renault, Beau Site et Villa Gaby, etc...il fallait bien loger tous ces soldats. Je ne les vis pas arriver, je devais être à l'école. » Témoignage de François Boulaire.

 

A Hillion, l’état-major loge dans la grande maison Le Mounier, rue de l’Hôtellerie, mais il y a aussi des allemands au Château des Aubiers et dans de nombreux endroits de la commune (inventaire en cours).

 

Certes la France avait capitulé mais la guerre n' était pas finie. Les allemands  commençaient à préparer l'invasion de l'Angleterre. Dans ce cadre-là ils avaient réquisitionné des barriques de cidre vides pour fabriquer un grand radeau au Bec des Landes à Trégot.

 

L'attitude relativement paisible des premiers soldats allemands ne dura pas bien longtemps. Dans les grandes villes ils furent vite confrontés à l'hostilité des populations et aussi à quelques actes isolés de résistance. Ces événements se firent sentir jusque dans nos campagnes et leur comportement changea dès la fin 1940. Tout acte de violence ou d'hostilité pouvait entraîner une condamnation à mort.

 

« En 1943, des  travaux de fortifications furent entrepris sur toute la côte (blockhaus, emplacements pour canons et mitrailleuses etc..) dirigés par des membres de l'organisation Todt reconnaissables à leur brassard. Beaucoup d'hommes étaient réquisitionnés venant de très loin. Des charrettes, quelques camions dont celui de Louis Hamon à gazogène, transportaient du ciment, du gravier venant d'Erquy vers la Pointe du Grouin en empruntant le chemin du Moulin à Vent qui avait été gravillonné. Les mêmes opérations se faisaient du côté de la Pointe des Guettes. Tout le rez-de-chaussée de la maison des Richard Ker Armor était rempli de sacs de ciment.

       

Dans la grève, à la limite de basse mer, un mur de poteaux faits de troncs d'arbres coupés un peu partout y compris dans les rabines des Aubiers et des Marais, fut érigé entre la pointe du Roselier et la côte de Morieux pour faire face à un débarquement éventuel. Des mines étaient même placées sur leur sommet. Mon père qui pêchait ses filets la nuit s'y cachait pour éviter les projecteurs qui parfois balayaient la grève depuis la Pointe des Guettes.

 

Durant quelques mois des hommes étaient réquisitionnés pour travailler à la construction des blockhaus au titre du S.T.O. (service du travail obligatoire)- souvenirs de François Boulaire.

 

Dans les années 43 et 44 les allemands installèrent des champs de mines tout au long de la zone côtière dont l'accès fut formellement interdit. Il était d'ailleurs question d'évacuer Lermot. 

 

Le 21 avril 1944, un avion américain Lockheed P38 est touché par la DCA de Lermot. L’avion piloté par le lieutenant Emerson, originaire du Michigan, est obligé de se poser en urgence à Pivert.

 

L’avion sera abandonné en plein champ et démonté par les soldats allemands qui sont au Château des Aubiers. Ceux-ci pourchasseront le lieutenant Emerson et l’arrêteront.

 

Le lieutenant Emerson, dans les jours qui suivirent sa capture, sera envoyé en camp de prisonniers Stalag Luft III, à Sagan (aujourd'hui Zagan en Haute-Silésie. Sud-ouest de la Pologne de nos jours). Au début de l'année 1945, face à l'avancée des troupes Russes, l'ensemble des prisonniers de ce camp, avec plus de 6600 américains sera déplacé et détenu au Stalag Lang Wasser près de Nuremberg. Le 1st lieutenant Emerson sera libéré en mai 1945. Il établira son dernier rapport militaire le 26 juillet 1945.

 

La vie pendant l'occupation

 

Dès 1940, le ravitaillement commence à manquer. « il n’y en a plus que pour les Boches ! ».

 

Les tickets de rationnement firent leur apparition en septembre 40. Ces petits timbres multicolores portaient des numéros. Il y en avait pour le pain, la viande, les matières grasses, le sucre, la farine etc…  Toutes les denrées de première nécessité. Il existait un classement:   J 1 pour les enfants,  J 2 de 6 à 12 ans, J 3 pour les adolescents jusqu'à 17 ans catégorie plus généreuse, et au-dessus les travailleurs de force. L'appellation J 3 resta longtemps comme désignant les jeunes, précurseurs des blousons noirs.

 

Les allemands réquisitionnaient tout à leur profit pour leur effort de guerre. Toutes les denrées alimentaires, les métaux, les textiles, les cheveux,  etc... étaient envoyés en Allemagne, et cela a duré pendant cinq ans. Ces restrictions ont continué plusieurs années après jusqu'en 1948 ou 49 où existaient encore les fameux tickets de rationnement

 

Jean Dijon qui était secrétaire de mairie reprit aussitôt ses fonctions. L'administration communale participa bon gré malgré, à la récupération des quelques prisonniers d'Hillion qui venaient de bénéficier d'une  permission exceptionnelle dans le cadre des aides agricoles au moment des moissons, ce devait être en juillet-août en fournissant la liste avec noms et adresses aux autorités sous contrôle allemand. Certains auraient pu à ce moment-là, se soustraire aux recherches et éviter cinq années de stalag. C'est vrai qu'il y avait la menace de représailles sur les familles et les maquis n'étaient pas encore constitués. Les plus âgés furent démobilisés puis renvoyés dans leur foyer.

 

En novembre 1943 un avion anglais s'était délesté de ses bombes sur le bourg d'Hillion. ils visaient un dépôt de munitions  à Saint-Ilan. Une bombe tomba sur la route devant le café Hardoin-Méchinaud aujourd'hui bar crêperie face à la salle Palante, faisant un immense cratère profond dans de la terre glaise où Joseph Déron qui allait sonner l'angélus du matin tomba, il faisait encore nuit. Il fut récupéré de justesse à l'aide de cordes. La deuxième endommagea le vieil Hôtel Saint Nicolas blessant grièvement une pensionnaire qui y perdit une jambe. L'hôtel fût reconstruit plus tard au titre des «dommages de guerre». Enfin le troisième projectile atterrit dans le jardin du presbytère ne faisant qu'un trou d'un mètre cinquante de diamètre. Ayant trouvé de la terre molle, la bombe ne dû pas exploser en profondeur. Elle s'y trouve peut-être encore.

Le STO

 

Le Service du Travail Obligatoire (STO) fut, durant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, la réquisition et le transfert vers l’Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l’effort de guerre allemand que les revers militaires contraignaient à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées dans des camps de travailleurs implantés sur le sol allemand.

 

L’Allemagne nazie imposa au gouvernement de Vichy la mise en place du STO pour compenser le manque de main-d'œuvre dû à l’envoi des soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader. De fait, les travailleurs forcés français sont les seuls d’Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État, et non pas par une ordonnance allemande. C'est une conséquence indirecte de la plus grande autonomie négociée par le gouvernement de Vichy comparativement aux autres pays occupés, qui ne disposaient plus de gouvernement propre.

 

Début 1943, les jeunes hommes nés en 1922 sont ciblés et réquisitionnés par ce service. Certains adoptent la position de « réfractaire », c’est ainsi qu’à Yffiniac, à la ferme du Pont Ranton, l’un des fils reste caché sous un tas de fagots pendant deux ans.

 

Joseph Guernion de Hillion vit sous une autre identité dans une exploitation agricole à Bréhand.

 

Mais d’autres, qui n’ont pas 21 ans, partent pour l’Allemagne. Les six hillionnais qui sont partis sont Henri Meheut (Roche Martin), Jean Le Mée (l’Orme), Auguste Carré (La Grandville), Marcel Desvignes (La Grandville), Mathurin Pincemin (Forville) et Joseph Cabaret (Carmoen).

 

Cinq parmi ceux-ci resteront ensemble à Landau et cela pendant 23 mois, jusqu’à leur libération par les américains. Ils travailleront tous les 5 dans la même usine d’armement. Mathurin Pincemin était affecté à la fonderie dans des conditions très pénibles. Il souffrit de graves séquelles par la suite.

 

Joseph Cabaret travaillait à l’usine d’armement d’artillerie. Il a dû apprendre un minimum de notions d’ajustage sur une machine préréglée. Très vite, il prit des initiatives, donnant un coup de marteau par-ci, un coup de lime par-là, pour ovaliser légèrement une pièce. Procéder à du sabotage en temps de guerre était évidemment puni de mort.

 

Cette usine se trouvait près de Zweïbrucken, près de Sarrebruck, non loin de la frontière française. Cette ville fut entièrement détruite par les bombardements de mars 1945. L’usine est abandonnée et nos concitoyens partent à pied vers l’est de la France, puis à rebours de l’armée allemande qui reculait, sont rentrés à Hillion.

La libération

 

A la suite d'exactions commises au préjudice de la troupe et dans les villas réquisitionnées lorsque les allemands les évacuèrent pour occuper leurs blockhaus et  abris enterrés, des enquêtes furent menées dans le village. Dans la même période il y eut d'autres enquêtes et des recherches dans certaines maisons en particulier dans les greniers à foin pour retrouver un soldat  porté disparu. Le bruit circulait qu'un soldat avait été tué.

 

Le départ des allemands eut lieu quelques jours après le mardi 6 juin.

 

« Comme j'étais à la maison  ce devait être le jeudi 8 ou le dimanche 12  au plus tard. La troupe n'était pas nombreuse une section d'une trentaine d'hommes à pied. Je me trouvais sur le pas de la porte à vingt mètres d'eux et au moment où je les regardais passer entre l'espace qui sépare la maison des Richard et celle de Campion, l'un d'eux lança une  grenade à manche dans le jardin de Bedot. Il y eut un grand boum! Nous avons quand même pris peur, les gens sont restés chez eux. Nous,  nous sommes allés  nous réfugier dans le jardin où mon père avait creusé une tranchée recouverte de rondins et de terre. Pierre Delanoë avait fait de même dans son jardin contigu, une tranchée en zigzag plus élaborée que la nôtre. Et de cet emplacement, ayant la vue  sur la route entre le hangar et la maison de Baptiste Guernion nous avons vu le groupe de soldats passer. Ouf! les boches sont partis, nous n'en revenions pas ! Cette petite unité dû se rendre à Hillion pour un premier regroupement des forces car à partir de là ils commençaient à réquisitionner des véhicules et charrettes disponibles pour le transport de leur matériel et surtout les munitions à destination du front de Normandie ou vers un repli sur Brest. Ces convois étaient harcelés par les maquis comme dans la zone de Chatelaudren où François Tanguy de La Rue  fût blessé à la cuisse par une balle de mitrailleuse. Je le vis marchant avec une béquille. Il mourut quelques années plus tard.  Les avions anglais intervenaient fréquemment en mitraillant les routes et chemins de fer; le boucher de Saint René fut tué par une de ces balles sur le pas de sa porte. » Témoignage de François Boulaire

 

Les cultivateurs étaient impatients de récupérer leurs terres minées mais il fallut attendre longtemps le déminage officiel qui fut réalisé par des prisonniers allemands encadrés par des démineurs professionnels. Ils allaient de ferme en ferme et étaient nourris le plus souvent avec des pommes de terre à cochons cuites dans de grosses marmites.

 

Il y eut des accidents avec les mines et au moins deux personnes sont mortes en les manipulant.

 

Les américains sont arrivés à Lermot en aout 1944. Il ne fallut pas attendre longtemps pour  voir arriver une unité d'artillerie d'environ cent hommes. La mission de ces soldats consistait tout simplement à reconnaître les lieux pour l'implantation de la batterie antiaérienne composée de quatre canons de 90 tractés et d'un radar mobile. A cette époque dans l'artillerie on appelait ça un D.A.R. (détachement avancé de reconnaissance).

 

Les quatre canons furent mis en batterie dans les champs à gauche du chemin qui mène à la pointe des Guettes à hauteur de la Villa Gaby (dernière maison avant d'arriver à la pointe) offrant la meilleure vue sur la baie. La troupe installa une dizaine de tentes judicieusement disposées dans les terrains en friche  jouxtant la villa précitée. Chaque tente avait à son sommet un haut-parleur qui diffusait de la musique en permanence et naturellement, de temps à autre, les ordres du commandement. La nuit, pour assurer la sécurité du campement, une sentinelle était postée dans l'ancienne  guérite allemande et le cheval de frise barrait de nouveau la route. L'accès à la grève pour les pêcheurs était formellement  interdit par ce passage.

Les déportés

 

A notre connaissance, il n’y eut qu’une déportée native de la commune de Hillion. Il s’agit de Marie-Louise Mordelet, née le 8 avril 1887 à Hillion, qui habitait Rennes après son mariage avec un monsieur Latront.

 

Elle fut arrêtée à Rennes en avril 1944 pour résistance et fabrication de faux papiers. Ensuite, elle fut déportée à Ravensbruck où elle décédera le 29 octobre 1944. Matricule 35391.