Mémoire contemporaine (partie 3)

L'ENTRE-DEUX
GUERRES

 

La guerre de 14-18 aura fait une autre victime : le pouvoir nobiliaire. Après cinquante ans de municipalité tenue par les aristocrates des châteaux, le radical-socialisme triomphe et restera aux affaires municipales pendant soixante ans.

Les transports, l’agriculture, les infrastructures se modernisent et conduisent inexorablement Hillion vers le monde moderne. Les changements politiques en France en 1936 font aussi découvrir que Hillion est une commune de bord de mer qui a des atouts pour un tourisme populaire naissant.

 

Dernière mise à jour, le 14 août 2020 à 11:17

Les changements politiques de 1920

 

Les 50 ans de pouvoir de la famille Du Fou de Kerdaniel à la mairie de Hillion commencent à trouver après le conflit de 14-18 des opposants motivés.

 

Les Républicains sont en force pour les premières élections après la guerre en 1919. Et c’est un maire radical-socialiste, Olivier Provost, qui sera élu.

 

C’est un changement radical à Hillion où, depuis plus d’un siècle, le pouvoir municipal est soumis au pouvoir nobiliaire. Et ce dernier est très lié au clergé encore traumatisé par la loi de 1905. A partir de cette date et sans interruption jusqu’en 1989, la commune sera de gauche et se déterminera un comportement laïque.(fiche 200302)

La scolarité

 

Au début du siècle les écoles encore embryonnaires se développent. L’école publique pour les garçons datant de 1861, seulement laïcisée en 1897, est peu fréquentée. Après les lois de 1905, le préfet demande à la commune d’Hillion de créer une école publique pour les filles. Le Maire (en 1906, Henri du Fou) ne la juge pas utile et il fera trainer les travaux de construction de cette école (devenu Centre de loisirs rue de la Granville avant transfert de celui-ci dans les locaux de l’école maternelle en 2015) en attendant de finir la construction de l’école libre des filles rue des Jardins (actuellement médiathèque) puisque les sœurs n’ont plus l’autorisation de faire classe dans les locaux de la communauté.

Avec l’avènement de la gauche à la municipalité, les équilibres entre les deux écoles privées et publiques (quatre, en fait, car il faut compter Saint René) vont se trouver.

La guerre des écoles sera à son apogée, et les enfants des deux groupes ne manquent pas de marquer les différences idéologiques de leurs parents dans leurs jeux. (fiches 010402, 010411, 010412, 010413, 010417, 010420)

La première mairie

 

Ce sera aussi un pied de nez de la municipalité au recteur (curé) en 1926 quand le conseil municipal décidera de construire la nouvelle mairie.

 

Elle sera située en face de l’église Saint Jean Baptiste, et pour ce faire, on détruira l’allée d’arbres qui menait au presbytère. (fiche 010403)

 

Le conflit entre le Maire et le Recteur ne s’arrêtera pas là : la construction du monument aux morts, la police des cimetières et la vente de l’ancienne maison d’école, désormais propriété de la mairie, provoqueront un tollé de la part des autorités religieuses et du Conseil de Fabrique, allant jusqu’à vouloir l’excommunication des membres du conseil municipal ayant voté cette vente.

 

Après l’inauguration de la mairie, le Maire décide de célébrer les mariages à 10 h en mairie, le Recteur prend les mêmes dispositions et fait voler les cloches de l’église rendant inaudibles les discours en mairie.

 

Il faudra attendre quelques années pour que les esprits s’apaisent.

Georges Palante à Hillion

 

Homme du Nord, où il est né en 1862, il a adopté la Bretagne et Hillion en particulier. Il a donné son nom à une rue de la Granville et à un espace culturel et polyvalent qui a remplacé en 2012 l'ancien foyer rural à Hillion.

 

Philosophe et professeur agrégé, il a enseigné la philosophie de 1898 à 1925 au lycée de Saint Brieuc où il a rencontré en 1916 Louis Guilloux, son élève et ami qui l'a immortalisé sous les traits de Cripure dans son roman « le sang noir » en raison de sa dégaine particulière due à une maladie dégénérative.

 

Georges Palante connu pour son refus des idéologies socio-politiques a écrit des œuvres philosophiques comme « combat pour l'individu » (1904), « la sensibilité individualiste » (1909) « Pessimisme et individualisme » (1914). L'échec de son mariage (1890), sa thèse refusée en Sorbonne (1911) en ont fait un personnage singulier à la sensibilité très vive. (fiches 011201 et 210153)

 

Il avait fait construire sa maison de vacances à la Granville en 1907 et était aimé des hillionnais. Sa querelle avec Jules de Gaultier à propos du bovarysme en 1923 est peut-être à l'origine de son suicide en août 1925 à Hillion où il est inhumé.

La pêche à Lermot

 

La baie de Morieux et l´anse d´Yffiniac, les deux racines du fond de la baie de Saint-Brieuc furent très poissonneuses. En effet, celles-ci, très larges et de faible profondeur sont très propices à la reproduction de certaines espèces de poissons. Par ailleurs, la grande abondance du plancton, dès le mois de mai (appelé « pouillot » sur la rive droite de la baie et « pouillin » sur la rive gauche) constitue une source de nourriture pour le poisson, formant la base de la chaîne alimentaire. Il faut aussi noter que ce « pouillot » ramassé dans le flot à l´aide d´un havenet aux mailles très fines, poussé entre deux eaux, servait de boëtte, d´affare pour attirer le poisson (mulet, bar, maquereau, chinchard, éperlan), dans le fond d´une crique ou en pleine mer.

La proximité de la filière et des eaux saumâtres favorisait la prise de saumons, de mulets, d´anguilles, de fontes (flets), remontant dans l´estuaire. A ce titre, plusieurs pêcheries fluviales furent établies sur le Gouessant et le Gouët. Dans les dernières décennies, une pêche traditionnelle au « carrelet » existait encore sur le Gouessant, au niveau de la vallée de Crémur (Hillion).

 

A Hillion, le village de Lermot était déjà important sous l´Ancien Régime et y comptait nombre de pêcheurs. Les Hillionnais étaient spécialistes de la pêche au mulet sur les côtes jusqu´au Cap Fréhel, pratiquée par amorce avec le « pouillot », récolté dans les grèves. Un fameux pêcheur surnommé « Jésus » (1) du village de Lermot, pratiquait cette pêche il y a un demi-siècle, technique toujours en vigueur de nos jours, mais plus guère pratiquée. Les autres hameaux de la Grandville et de Carieux abritaient quelques-uns de ces pêcheurs à pied.

 

Certains pêcheurs, les plus chevronnés, ont en effet laissé des traces de leur passage. C’est ainsi qu’il existait du côté de Binic et d’Erquy : la roche à Frostin, la roche à Dijon, la roche  à Jésus. Celui-ci pratiquait assidûment cette pêche aux mulets et certains  estivants « les parisiens »  de passage à Lermot depuis les congés payés de 1936, considéraient cette pêche comme attractive et venaient occasionnellement l‘accompagner. Cependant, ce genre de pêche nécessitait d’être le plus souvent seul car le mulet est un poisson très méfiant à l’approche des rochers.

 

Certains pêcheurs et c’est un lieu commun aimaient se vanter d’avoir pris le plus gros poisson ou fait la plus grosse pêche. Ce n’était pas le comportement de Jésus lequel avait plutôt tendance à minimiser. « Ca n’a rien donné aujourd’hui disait-il! ». On comprend cette attitude car poisson ou pas il était tous les jours présents à la roche contrairement aux autres pêcheurs qui avaient d’autres occupations à la terre. Mais le jour où la rumeur circulait dans le village de Lermot: « Jésus a pris des mulets !» alors c’était la ruée le lendemain. Tout le monde venait à la rescousse, mais le résultat n’en était pas garanti pour autant.

 

 Le plancton « pouillot ou pouillin », constituait le meilleur appât pour les mulets. Il se pêchait au bas de l’eau avec un havenet muni d’une toile très fine. Toutefois, il présentait l’inconvénient de ne pouvoir se conserver au-delà de 24 heures. Quelques heures après être sorti de l’eau il dégageait déjà une odeur fort désagréable. Il n’y avait aucune possibilité de stockage, les congélateurs n’existaient pas en ce temps-là. Certaines années il devenait si rare qu’après avoir « havenetté » pendant deux ou trois heures il fallait se contenter de l’équivalent d’une bolée. Ce n’était malheureusement pas suffisant pour affarer toute une marée..

 

On comprend que les pécheurs de Lermot ont vu d’un mauvais œil l’arrivée de la mytiliculture en 1963. Ils avaient le sentiment que leur baie ne serait plus jamais la même.

L'arrivée du chemin de fer à Hillion

 

Créée entre 1924 et 1925, la ligne de chemin de fer d'Yffiniac à Matignon, avec ses 51,5 km, était la plus longue du réseau secondaire des Côtes-du-Nord.

 

Elle passait par Yffiniac, Hillion, (Les Aubiers, Les Quilles, Fortville, Licantois, les Ponts Neufs), Morieux, Planguenoual, Saint-Alban, Dahouët, le Val-André, Pléneuf, Saint-Pabu, Caroual, Erquy, les Hôpitaux, Plurien, Sables-d'Or-les-Pins, le Pont-Bourdais, Pléhérel, Plévenon, Port-à-la-Duc, Pléboule, Hénanbihen et Matignon.

 

Concurrencée par le développement de l’automobile, elle cessa de fonctionner à la fin de l’année 1948, et fut déclassée en décembre 1949.

 

Elle comptait de nombreux ouvrages d’art dont le viaduc des Ponts-Neufs à Hillion qui a la particularité d’être en courbe (fiche 010501).

 

Ce dernier est, comme la plupart des ponts et viaducs du Chemin de Fer départemental, l’œuvre de l’ingénieur en chef Harel de la Noé, célèbre pour ses innovations constructives.

 

Sur la commune de Hillion, il reste d’autres  traces de cette ligne comme la gare des Quilles, transformée en maison d’habitation (fiche 010410),  la route rectiligne qui traverse Hillion du sud-ouest au nord-est, transformée à son extrémité Est en vélo-route, pour arriver au viaduc des Ponts Neufs, et qu’on nomme précisément « la ligne » (fiche 011107)

L'électrification de la commune : l’usine hydroélectrique de Pont Rolland

 

Dès 1923, le Conseil Municipal d’Hillion pense à l’électrification de la commune. Au début, le projet est de relier les deux bourgs au réseau existant, mais en 1931, il ajourne cette décision en raison du coût élevé et attend que l’usine hydro-électrique de Pont Rolland soit mise en service.

 

En 1932, la société Le Bon et Cie projette la construction d'une usine électrique avec barrage sur la rivière du Gouessant. Ce barrage en béton armé, de type voûte unique, prend appui sur les rives rocheuses de la commune de Morieux en rive droite, de Hillion en rive gauche. Il est mis en eau en 1935. (fiche 040201). L'usine hydro-électrique et ses ouvrages annexes sont construits sur la commune de Hillion, en aval du Pont Rolland. En amont, trois moulins sont noyés, tandis que la création de la retenue d'eau prive le moulin Rolland, mentionné dès 1477, de l'énergie nécessaire à son fonctionnement.

 

L'usine comprend une salle de machines équipée de deux alternateurs d’une puissance totale de 2 700 kilowatts. Un atelier, un logement et des dépendances nécessaires sont annexés à ce bâtiment, de style néo-breton. (fiches 040301 à 040107).

 

L’électrification de la commune de Hillion commence en 1936 après la construction du barrage et de l’usine. La majeure partie de la commune est desservie par un réseau électrique, mais comme dans toute innovation, il y a des réfractaires et aussi quelques cas imprévus.

 

Sur la commune, plusieurs secteurs situés à l’écart refusent leur raccordement pour diverses raisons. Les habitants de ces secteurs ont le temps de réfléchir à leur erreur passée pendant la guerre de 1939-1945 : les bougies sont introuvables et le pétrole lampant est délivré au compte-gouttes…

 

Tous les foyers de la commune sont raccordés en 1951.

Le tourisme naissant et les bains de mer

 

Au XIXe siècle, le tourisme balnéaire, création anglaise, se développe sur le continent à partir des stations belges hollandaises et allemandes puis en France à Dieppe, pendant de Brighton en Angleterre. La vogue des « bains de mer » se développe ensuite en suivant les côtes de la Manche. Ces stations sont très différentes de celles de la Méditerranée, fréquentées l’hiver par une clientèle qui cherche essentiellement la douceur du climat et ne pense pas encore à se baigner dans la Méditerranée. Il faudra attendre le XX° siècle.

 

Boulogne et Dieppe sont les plus anciennes stations françaises, mais dès les années 1820-1830, elles sont concurrencées par les stations d’Etretat, Arcachon, Granville, Les Sables-d’Olonne, Royan, Pornic puis rapidement entre 1830 et 1848, Saint –Malo-Saint-Servan, Le Croisic, Biarritz, Trouville… A partir de 1850, les créations sont si nombreuses qu’il devient difficile de les repérer. C’est le développement du chemin de fer qui contribue fortement à cette migration saisonnière des personnes aisées.

 

Dès 1900, des vacanciers « régionaux », mais aussi des Parisiens viennent à Hillion, comme en témoigne l’évolution de ces deux cartes de l’hôtel Saint Nicolas en 1905 et à la fin des années 30. Les « congés payés » sont passés par là, même s’ils restent minoritaires dans la commune.

 

L’arrivée du chemin de fer attirait des parisiens et le propriétaire de l’hôtel Saint Nicolas, Jean Frostin, qui possédait une automobile, allait chercher les clients à la gare et leur proposait des excursions.

 

Hillion ne se fait pas remarquer de façon particulière mais la population profite rapidement des possibilités d’arrondir les fins de mois en proposant aux « estivants » des locations saisonnières. En particulier, nous savons que dès 1924-25 il y avait des « baigneurs » en location dans la cour de la Salle Verte.

 

Plusieurs villas sont construites au début du XXème siècle pour les bourgeois fortunés de Rennes et de la région. Ainsi « la Bruyère » à Fonteneau ou « Ker Anna » dans le bourg, et la maison des frères Goeury qui étaient magistrats à Rennes à l’Etoile, qui deviendra une colonie de vacances de la ville de Merdrignac avant de se transformer en 1986 en Maison de découverte de l’estran : La Maison de la Baie.

 

Après la guerre, les locations saisonnières vont se multiplier au point que la mairie proposera un service de publication des meublés.

 

Dans les années 50 à 70, les plages d’Hillion connaitront un réel engouement, avant de péricliter dans les années 80 à cause des invasions d’algues vertes.